Le retour du Mange-Disque

away1
15 oct. 2018

Le retour du Mange-Disque

Après des années de recherche, de tâtonnements et de tests, les exceptionnelles offres dématérialisées, comme jadis les merveilleux supports, sont théâtralement annoncées puis commercialisées à point nommé. Elles arrivent quand les clients sont mûrs et contraints d’évoluer, quand l’offre et la demande peuvent se rencontrer, si possible sans trop d’efforts apparents ou le plus naturellement possible, à l’aide d’investissements marketing et de stratégies de communication plus ou moins imaginatives. En tout cas, dans la théorie et lorsque les guerres commerciales entre consortiums sont évitées, les consommateurs sont fermement pris par la main et envoyés quasiment de force en magasin ou sur certaines plateformes pour y être prélevés.

Après leur naissance, les nouveaux supports ou moyens de diffusion peuvent être plus ou moins vite adoptés. CBS lance le 33tours en 1948 et EMI, porté par le 78tours, s’y met lentement quatre ans après. RCA, de son côté, présente le 45tours en 1949. Les mélomanes sont équipés de gramophones, phonographes ou autres tourne-disques. Mais rares sont les appareils qui permettent la lecture des trois différents formats disponibles. Après la guerre commerciale et de nombreuses tractations, un traité de paix est signé entre les détenteurs de brevets. Les consommateurs peuvent enfin librement passer, pour un temps, d’un format à l’autre, grâce à des appareils compatibles. Pour jouir de cette liberté, il suffit simplement de casser sa tirelire pour un nouvel équipement et de passer à la caisse…

Quelques décennies après, on observe le même genre de phénomène. Les constructeurs et les génies de l’informatique désirent généralement imposer aux consommateurs leurs propres codes et leurs propres formats, rendant ainsi impossible la lecture de fichiers audionumériques sur tous les équipements. Après la pluie vient le soleil. Alors on parlera de convergence pour souligner les accords permettant une compatibilité entre plusieurs formats et opérateurs. Des mesures sont adoptées pour rassurer les consommateurs et leur permettre de plus sereinement transiter vers le numérique, de passer à la caisse, et donc de s’équiper de nouveau.

away effets spéciaux pour solo de batterie

Certains supports, comme le DVD en 1995, font l’unanimité dès leur introduction sur le marché, d’abord auprès d’une population aisée prête à y mettre le prix. Ensuite, ils se développent, entrent dans tous types de foyers de préférence durant les fêtes de fin d’année et avec l’aide des principaux producteurs et éditeurs de rêves. Puis ils sont abandonnés ou transformés, un peu comme de vieux jouets. Bien évidemment, quelques- uns sont définitivement supprimés, des fois très vite comme la DCC. D’autres, comme la DAT, sont temporairement sauvés d’une mort certaine pour répondre aux attentes d’acheteurs plus ciblés.

Quelques supports s’usent et vieillissent paisiblement mais répondent encore à des besoins exprimés, plus restreints mais réels. Le vinyle a encore de beaux jours devant lui tant que les accros de la musique réclameront certaines fréquences et de la chaleur. Même la K7 revient dans quelques magasins branchés, les mêmes qui vendent du polaroïd et du jetable, pour le pseudo-punk et son cousin le bobo.

Alors pourquoi ne pas imaginer le retour du mange-disque ? Le jouet le plus populaire des années 1960 et 1970, notamment en France avec la marque Lansay. Un jouet connecté à la plateforme de son choix et qui éjecte des galettes ou des cartes cadeaux. Si c’est bien présenté, quelques consommateurs passeront par la caisse.

Les supports changent et les moyens de diffusion de la musique et des œuvres audiovisuelles évoluent inexorablement. Aujourd’hui, nous devrions nous réjouir devant toutes ces possibilités offertes aux consommateurs. L’attachement au contenu perdure et la désaffection constatée de certains pour les supports physiques n’est pas encore généralisée. Alors que les groupes de télécommunications construisent de nouvelles autoroutes à péages et génèrent du trafic notamment avec des contenus culturels dématérialisés, de nouvelles platines vinyles sont aussi commercialisées.

Aujourd'hui, une flopée d’offres en streaming inonde le marché, à grand renfort de levées de fonds, de cotations en bourse et de marketing. Mais les accros de la musique souhaitent encore mettre la main sur une nouveauté ou une réédition en vinyle. D’autres, comme nous l’avons déjà évoqué, s’amusent à faire croire à un « revival » de la cassette, et pourquoi pas du walkman !

away décor pour solo de batterie

Nous pouvons définitivement mettre de côté tous les slogans qui vantent l’éternité des biens de consommation et des services. Ces biens sont là pour être achetés, consommés puis remplacés. Certes, les œuvres qu’ils contiennent ou stockent ont vocation à être éternelles. Mais les supports comme les appareils ont des durées d’exploitation intimement liées aux décisions stratégiques des fabricants, des géants de l’informatique et de l’électronique grand public.

Les contenus culturels servent à vendre de l’équipement et à alimenter des tuyaux, ce n’est pas nouveau et ce sera toujours le cas. Pour Apple par exemple, l’offre accessible sur iTunes a servi avant tout à vendre des iPods hyper rentables. Leur offre de streaming est maintenant là pour faciliter l’adoption d’un iPhone et fidéliser les utilisateurs via des abonnements qui réconfortent les actionnaires. L’équipement est remplacé, un nouveau parc est installé, la lumière jaillit dans la maison et des oreillettes blanches ou de gros casques rembourrés envahissent les lieux publics.

Ordinateurs, tablettes, smartphones, enceintes, casques, téléviseurs et même les réfrigérateurs nouvelle génération utilisent la musique pour mieux se vendre. Elle est donc là la nouvelle économie de la musique. Une économie qui devrait s’appuyer davantage sur la vente de ces produits qui permettent d’écouter de la musique. Du coup, les artistes, les créateurs, les producteurs et les éditeurs ne devraient peut-être pas se contenter des montants insuffisants générés par les streams (243 millions d’euros en France en 2017 selon le snep). Ils devraient aussi regarder le chiffre qu’ils contribuent à générer pour les fabricants et revendeurs d’électronique grand public (plus de 27 milliards d’euros rien qu’en France en 2017 selon Gfk).

Photos Edith Gaudy : grand solo de batterie d'Away

Vous voulez travailler dans la musique ?

Notre école est pour vous !