IMM | Institut des métiers de la musique

Rencontre avec David Fourrier, Directeur Artistique de La Sirène

25 Jun 2020

Rencontre avec David Fourrier, Directeur Artistique de La Sirène

David Fourrier est aujourd’hui directeur et directeur artistique de la salle de spectacle La Sirène à La Rochelle. Il n’est donc pas simplement programmateur, mais s’occupe également de toutes les problématiques liées aux évènements programmés dans la salle : de l’accueil des spectateurs aux expositions présentes sur ce lieu, ou encore à la liaison des dates de concerts de la salle avec d’autres lieux culturels de la ville.

David Fourrier, directeur de La Sirène, discute avec les étudiants de l'IMM

De chargé de communication et co-programmateur de La Nef à Angoulême, ainsi que de la Garden Nef Party, en passant par les postes de directeur de théâtre et d’organisateur de festival de rock dès son plus jeune âge, David Fourrier a appris le métier et construit ses compétences en expérimentant. C’est un conseil que l’on retrouve perpétuellement chez tous les intervenants du milieu : il est primordial d’essayer, de faire et de se lancer, en d’autres termes, de mettre les mains à la pâte pour apprendre.

La salle de La Sirène est aujourd’hui un incontournable du paysage culturel de la ville. Labellisée SMAC, elle a ouvert ses portes en 2011, après quelques années de réflexion de la part des élus municipaux qui nourrissaient la volonté de créer un lieu dédié aux musiques actuelles à La Rochelle. Suite à un appel d’offre, c’est l’association XLR qui s’est vu confier le projet, laquelle a fait appel à David Fourrier pour mener le tout.

La salle fonctionne aujourd’hui avec un effectif de seize personnes s’occupant de la production et de la technique, ainsi que plusieurs intermittents du spectacle auxquels elle fait régulièrement appel selon leurs compétences. Le bâtiment en lui-même se compose de trois parties. Un premier niveau, appelé Le Quai, comprend des salles de répétition et studios. Au deuxième niveau, Le Balcon, on trouve une première salle de concert surnommée Le Club, qui offre une capacité d’un peu plus de 400 places. Pour finir, au troisième et dernier niveau, Le Cap, se trouve la Grande Salle, qui elle, peut accueillir un peu plus de 1200 personnes et est dotée de conditions techniques optimales pour les concerts. Cette organisation spatiale permet à la salle de proposer des services qui correspondent au mieux aux artistes ainsi qu’à leur public.
Par conséquent, le premier niveau offre à la salle des capacités d’aide et de soutien aux groupes locaux, qui y trouvent des studios de répétition à prix accessibles. Des personnels dédiés conseillent et orientent les groupes qui en ressentent le besoin. La salle peut également leur fournir un tremplin en leur donnant la possibilité de tester leur prestation scénique lors de showcases trimestriels, ou même, si le niveau est au rendez-vous, en les plaçant en première partie d’un de leurs évènements. Parmi les 170 groupes locaux et 500 musiciens qu’elle accueille, certains ont notamment fait leur chemin jusqu’aux oreilles de la France entière depuis les locaux de la Sirène : le parcours des jeunes de Lysistrata dans le paysage rock français en est un bel exemple.

Cette organisation du bâtiment permet en outre à la salle de travailler conjointement avec le Conservatoire de musique de La Rochelle, plus particulièrement au sein des classes de musiques actuelles et de musique assistée par ordinateur. Ces deux lieux culturels de l'agglomération ont alors l’occasion de se rencontrer, d’échanger, construire des projets communs et ainsi éveiller la curiosité des uns envers les autres et réduire peu à peu la distance qui pourrait exister entre ces institutions.
La Sirène accueille autour de 70 concerts par an, comprenant environ 200 formations incluant premières parties et plateaux de plusieurs artistes en une seule soirée. Au sein de sa programmation, la salle compte environ 45% de groupes étrangers, et revendique n’avoir aucun quota ni contrainte, exceptés quelques engagements de territoire qui l’encouragent de manière agréable à programmer des groupes locaux et régionaux en première partie sur certains évènements.

La salle propose un système d’abonnement à ses spectateurs réguliers qui peuvent alors bénéficier entre autres d’invitations à des concerts, sorties de résidences et vernissages d’expositions, d’informations en avant-première et de réductions. David Fourrier précise que ce modèle n’est pas forcément rentable économiquement mais très positif pour la salle. Il permet de se faire connaître du public local et se constituer un vrai réseau de fidèles spectateurs.

Dans le même esprit, La Sirène encourage la location de ses locaux pour des résidences d’artistes. En 2018, la salle a ainsi accueilli environ 200 jours de résidence. Cette initiative participe non seulement au rôle de la structure de faire partie du premier niveau d’accès au public pour les artistes en devenir ainsi que de soutenir les artistes plus installés dans le milieu, mais défend également la notion de reconnaissance et d’exclusivité que les artistes et le public apprécient ressentir. En effet, en réalisant une résidence à La Sirène, l’artiste noue un lien spécifique avec la salle et aura alors plus d’émotion et d’attachement à revenir y jouer. Le public quant à lui, se sent privilégié d’assister à la première représentation du spectacle de l’artiste.

L’une des questions qui se pose par ailleurs à La Rochelle après l’ouverture d’une salle telle que La Sirène reste son rapport avec le festival des Francofolies, installé dans la région depuis 1985. Le directeur indique qu’il a fallu prendre du temps afin que chacun trouve sa place, se fasse confiance et se considère d’égal à égal, mais qu’aujourd’hui il existe une bonne connivence d’équipe. La Sirène a su se placer dans le paysage du festival en offrant entre autres une scène à la programmation alternative à celle du centre-ville en co-production avec les Francofolies lors de soirées nommées les Nuits Collectives. De plus, la salle de spectacle participe également à d’autres évènements de la ville tel que le Festival du Film de La Rochelle, toujours dans une volonté de liaison entre les lieux et les différentes manifestations culturelles de la ville. Dans le même esprit, le métier de directeur artistique de David Fourrier l’amène à organiser des expériences les plus complètes possibles autour de la venue d’artistes. Par exemple, lors d’un concert du réalisateur John Carpenter à La Sirène en 2018, une rétrospective de ses films a été organisée en partenariat avec la salle dans un cinéma de la ville.

David Fourrier affirme également aimer l’idée du spectacle complet, qui veut que le concert soit épaulé par d’autres facteurs qui gravitent autour. Une soirée à La Sirène comprend donc le concert d’un artiste, mais également sa première partie, le bar, le restaurant, les expositions hébergées par la salle et parfois la continuité de la soirée avec un DJ : c’est une expérience totale.
Ainsi, en quelques années, la salle de La Sirène a su se rendre indispensable à la ville et reste un atout majeur pour l’agglomération de La Rochelle, à travers le pouvoir de rassemblement du public qu’elle représente, la liaison des différents lieux culturels de la ville, ainsi que par sa force de presse notamment dans les médias régionaux.

D’autre part, l’une des facettes du rôle de David Fourrier au sein de La Sirène est de s’occuper de la programmation de la salle. La saison pour lui se déroule de mi-septembre à fin juillet, tout en refusant de s’imposer des barrières à la programmation d’un artiste pendant l’été. Il travaille d’ailleurs pour un concert par été avec le Théâtre d’Ardoise qui se situe sur l’île d’Oléron et offre un cadre atypique en organisant une trentaine de concerts au mois de juillet et d’août. La programmation de La Sirène est quant à elle construite au trimestre, ce qui permet au directeur de rester très réactif à l’actualité musicale et aux envies du public de la salle. Cette organisation est possible grâce aux outils de communication de nos jours : les réseaux sociaux permettent de réagir et interpeler très rapidement. En 2015, David Fourrier a ainsi eu l’opportunité de programmer Django Django pour un concert prévu une semaine plus tard, et le challenge s’est révélé gagnant grâce aux réseaux sociaux de la salle : une jauge remplie à 500 personnes en plein mois de juillet en seulement huit jours !

D’après lui, le métier de programmateur est un métier de réseaux et le parcours pour y parvenir n’est pas défini. Sociologie, lettres, communication ou construction de compétences sur le terrain : les parcours sont variés. À ses yeux, il existe trois grands aspects du métier. Tout d’abord, il faut savoir analyser techniquement le lieu afin de savoir ce qu’il est possible d’y programmer et d’être en bons termes avec l’équipe technique qui n’est ainsi pas mise en difficulté. Ensuite, le programmateur est également responsable de la partie économique de la salle de spectacle. Il se doit de savoir évaluer au plus juste le budget par spectateur et par artiste, et ainsi définir le prix du contrat avec l’artiste et du billet pour les spectateurs. Enfin, il doit développer un regard artistique. Un programmateur n’invite pas que des artistes qu’il apprécie, il doit être ouvert et prendre en compte la diversité des publics et des musiques. Il est important pour lui d’être toujours curieux, attentif, ainsi que de suivre une certaine ligne de conduite, mais également d’avoir les bases de chaque type de musique.

La programmation de La Sirène se veut très éclectique. La salle étant financée en partie par des subventions publiques, David Fourrier argumente que chacun doit alors pouvoir en profiter en fonction de ses goûts. Le directeur rêve aussi de découvertes inattendues pour les publics variés de la salle grâce à sa diversité de genres. Afin de parvenir à construire une programmation de qualité touchant à tout le spectre des genres musicaux, il conseille également d’être à l’écoute de ses collègues, son réseau et son entourage, qui n’ont pas forcément les mêmes goûts musicaux. Chacun possède un certain penchant pour quelques genres musicaux, mais se révèle moins spécialiste lorsqu’il s’agit de genres plus éloignés. Pour lui, l’important est de le savoir et de rester ouvert à son entourage pour la découverte. Lorsqu’il a des doutes sur les nouveaux artistes urbains en vogue, il n’hésite pas par exemple à demander conseil à son fils ! Il existe en outre quelques enjeux de militantisme dans la programmation. Le directeur de La Sirène se réserve le droit de refuser un groupe qui appellerait à la haine ou encore dont le discours serait homophobe. Il souhaite défendre la pluralité et la diversité dans la musique.

Le programmateur voit son métier et sa salle de spectacle comme un passeur de témoin entre artistes et spectateurs. Il est l’intermédiaire entre le public qui vient voir l’artiste, et l’artiste qui vient jouer pour le public. Il se doit de travailler à mettre en place les meilleures conditions possibles pour la rencontre des deux. Il ajoute qu’"il n’y a rien de plus excitant que de composer des plateaux" : pour lui, il est important de parfois laisser des musiques froides et chaudes se rencontrer afin de rendre le public curieux et de le surprendre. Pour construire sa programmation, il travaille avec tous types de producteurs, indépendants et structures plus larges, mais la notion de réseaux reste présente. Dans le même esprit, le premier contact dépend souvent de la notoriété de l’artiste, le programmateur ayant plus encore à prendre les devants pour les artistes les plus émergents.

Concernant le milieu de la programmation, le directeur de La Sirène déplore parfois la perte d’une certaine dimension artistique. Au lieu de demander à ses confrères si le concert de tel artiste a été un succès budgétaire afin de le programmer, il conseille de reprendre les bases en posant d’abord la question essentielle : "est-ce que c’était bien ?". Il constate que lorsque l’osmose est présente entre l’artiste et le public, on la mesure facilement dans les applaudissements, le silence de l’écoute, ou encore le mouvement dans la danse. David Fourrier conclut en appuyant sur l’importance de sa présence physique au sein de la salle de la Sirène. "Moi je pense qu’une salle de concerts, il faut l’habiter, il faut y être". Pour lui, il ne s’agit pas de gérer tout son métier depuis un bureau : il faut être présent auprès des artistes et des spectateurs, et c’est l’un des grands enjeux de l’équipe qu’il dirige depuis bientôt dix ans à La Sirène.

Merci à David, à Jean-Louis, aux étudiants et notamment à Joséphine pour la rédaction de cet article.

L'album photo de La Sirène est ici.

Vous voulez travailler dans la musique ?

Notre école est pour vous !