Rouen, fin des années 70, Eric Tandy signe les textes du groupe punk Les Olivensteins. Disquaire chez Mélodies Massacre, il écrit notamment «Fier de ne rien faire» composé par Dominique Laboubée des Dogs.
Depuis plusieurs décennies, il met sa plume au service de la musique et plus particulièrement de la presse musicale. Journaliste de rock, il travaille tout particulièrement pour le magazine Rolling Stone.

Pour présenter la situation de la presse musicale en France et parler du métier de journaliste aux étudiants de l'IMM, nous avons organisé une rencontre avec Eric Tandy. Même si la presse musicale ne se porte pas bien, les labels et tous les porteurs de projets se mobilisent encore pour avoir ses faveurs, rédiger des communiqués, monter des dossiers de presse, envoyer des news, diffuser des infos, chercher la bonne chronique qui facilitera peut-être la programmation d'un groupe ou encore la diffusion d'un titre.

Selon l'OJD (Office de Justification de la Diffusion de la Presse Française), sur les 697 supports classés en Presse Payante Grand Public, on en compte 364 dans la presse magazine. 24 supports sont dans la thématique « Art et Culture » et parmi eux, seulement 7 supports ont « Musique » comme sous thématique principale : Classica, Diapason, Guitar Part, Guitarist Acoustic, Jazz Magazine Jazzman, Pianiste, Rock & Folk. Aujourd'hui, leurs ventes cumulées dépassent à peine celle que Rock&Folk réalisait tout seul dans les années 80...

Pourquoi cet effondrement de la presse musicale ?
Selon Eric Tandy, le distributeur Presstalis (ex-NMPP) est grandement responsable. À cause d’exigences de mise en place contraignantes qui handicapent la presse à moyen ou petit tirage, les magazines musicaux sont très peu mis en valeur en kiosque. Ensuite, il y a évidemment le facteur internet (webzines et blogs) mais aussi le fait que « la presse à gros tirage », qu'elle traite d'actualités générales ou bien qu'elle soit, comme Télérama, sur la thématique « Télévision », parle beaucoup de musique. Ce titre par exemple, qui dépasse les 580.000 ventes, avec d’anciens journalistes ou critiques musicaux, réalise des chroniques musicales qui sont devenues de vraies références, des générateurs de tendances qui font vendre, mais qui détournent le public de la presse spécialisée « qui ne fait plus vendre ».

À défaut d'avoir une incidence directe sur les ventes de musiques enregistrées, selon Eric Tandy, la presse musicale permet d'installer le nom d'un artiste et de le valoriser. Selon ses propos recueillis par Vincent (IMM1), elle sert plus aux programmateurs de radio ou de salles de concerts et touche encore quelques aficionados majoritairement adultes.

Quelle seraient les solutions pour sauver la presse musicale ?
Des revues pointues musicalement et riches au niveau rédactionnel, diffusées via des réseaux hors presse (disquaires indépendants, librairies, lieux culturels...), ouvrent la voie à des solutions alternatives et intéressent un nouveau lectorat. Pour Eric Tandy, le dynamisme du magazine Gonzaï, l'une d'entre elles, est à prendre en exemple : « Il a une vraie identité, c’est une sorte de modèle à suivre et à encourager ». Le magazine était au départ un webzine tourné vers la culture pop. Il a désormais sa version papier, son label, organise des concerts et a même une émission sur Radio Campus Paris.
Il faudrait également moderniser les styles rédactionnels afin de toucher un public plus jeune. Eric Tandy souligne aussi l'importance du graphisme et l'impact des images pour toucher ce lectorat.