Droit d'auteur, seuil de rentabilité, référencement, prévisions de ventes, plan média... sont des sujets importants. Mais pour bien comprendre le monde de la musique et ses évolutions, il faut aussi être capable de régulièrement désapprendre et puis de regarder les choses sous différents angles.

Depuis des années ou plutôt depuis toujours, nous organisons des rencontres avec des artisans passionnés qui proposent des modèles atypiques. Ils arrivent souvent à démontrer qu'il n'existe pas qu'une seule façon de conduire des projets et que l'argent n'est pas une finalité. Même si leurs parcours ne peuvent pas être reproduits, les étudiants peuvent toujours en tirer quelque chose. Lorsque Marsu effectue une intervention auprès des étudiants de l'IMM, il est lui-même : infatigable, bavard, activiste, militant, chargé de propagande, théoricien manuel, roi du DIY et pas vraiment bobo.

Diplômé en histoire fin des années 70, il met sa plume au service de fanzines plus ou moins subversifs et ses paroles se propagent sur les ondes de radios libres. Il fréquente des punks mais sans doute plus pour affirmer son profond dégoût du fascisme et des nazis que pour crier "no future". En fait, il aime servir et contribuer à construire un monde meilleur sans pour autant être un grand utopiste.

Même si aujourd'hui on le présente comme ayant été le manager de plusieurs groupes, il a sans doute commencé par donner des coups de mains et aller au charbon sans se poser trop de questions.  Sa perspicacité et sa capacité à  argumenter en font un très bon porte-parole.  À supposer qu'il soit né en Californie, il est fort probable qu'il aurait rejoint Black Flag. En France, le punk tend plus vers l'Alternatif. Marsu fait partie du mouvement, donne des coups de main aux Béruriers et deviendra manager et "commissaire politique" de Bérurier Noir de 1985 à 1989.  Il intègre Rock Radicals Records puis sera co-fondateur du label Bondage. Il vivra le passage de l'association à la société commerciale avant de retourner au label associatif, chose qui lui correspond vraisemblablement mieux, depuis 1994 avec Crash Disques.

Il a travaillé avec et pour des centaines d'artistes et, quelque part, tous lui sont sans doute un peu redevables, pas forcément financièrement, mais tout simplement pour l'authenticité qu'il donne, la liberté qu'il défend, des fois sans compter, mais toujours suffisamment pour retomber sur ses pattes.  La liste est longue mais le plaisir d'en nommer est plus important : Bérurier-Noir, Washington Dead Cats, Les Satellites, Babylon Fighters, Ludwig Von 88, Les VRP, Les Nonnes Troppo, Les Thugs, Les Cadavres, Fabulous Trobadors, Massilia Sound System, Timide et Sans Complexe, Mega City Four, The Lords Of The New Church, Nuclear Device, Zenzile, Lab°, Guérilla Poubelle, Laréplik, Dead Pop Club, Kargol’s, Raymonde & Les Blancs-Becs, Daria, La Fraction, Junior Cony, Les 100 Grammes de Têtes ...

Comme vous devez vous en douter, lorsqu'il intervient à l'IMM, il donne sa définition de l'Indépendant. Il parle de la concentration du marché, de contre-culture, des "clônes" d'artistes à succès ... mais aussi des formalités administratives contraignantes et des coûts croissants qui freinent les initiatives des entrepreneurs. Marsu affirme toujours son profond dégoût du fascisme et des nazis. Il reste sur ses gardes et s'amuse depuis quelques années à fédérer des labels notamment autour de CD1D. Avec lui, inutile de chercher à séparer le producteur du militant. Finalement, sa matière, c'est peut-être l'éducation populaire.

Les étudiants ont notamment relevé un de ses conseils : « Si tu as affaire à des gens qui ne te comprennent pas, il faut leur donner les clés pour y parvenir ».