Un succès est souvent attribué à la qualité de l’artiste ou de sa production et éventuellement à la justesse de la mise en marché (stratégies marketing adoptées). Un échec, paraît-il, repose généralement sur les épaules du diffuseur et du distributeur. L'absence de visibilité, peu, voire pas, de concerts ou encore un manque de mises en place initiales leur sont souvent reprochés. En fait, toutes les raisons d’un succès ou d’un échec sont dans la nature, et même si toutes les actions sont prévues sur le papier (et des fois même contractuellement), il est très difficile d’impliquer fortement et au même moment des acteurs plus ou moins partenaires, plus ou moins concurrents et plus ou moins gagnants. Il est exceptionnel de réussir à rassembler, encourager et coordonner les efforts de chacun sur un même projet.

À tout cela, on peut facilement ajouter le hasard, la conjoncture et pourquoi pas la température pour tenter d'expliquer des résultats. Ce qui est certain, nous avons la chance de travailler dans un secteur où de belles histoires existent aussi, où des passionnés travaillent d'arrache-pied et tentent de partager leurs motivations malgré toutes les difficultés rencontrées.

Un projet d’enregistrement sonore ou de production audiovisuelle peut mettre des années avant d'être finalisé. Acquérir des droits de commercialisation peut même s’avérer usant et interminable. Négocier avec les ayants droit puis imaginer le fond et la forme du projet s’inscrivent normalement sur le long terme, dans le cadre d’une  «ligne éditoriale», ou bien encore d’un «style maison». Même si les revendeurs (y compris les magasins en ligne) n'interviennent pas directement sur toutes ces étapes de création (sauf à de rares exceptions), ils peuvent donner (ou vendre) des indications et des tendances. Les scores réalisés par les disquaires peuvent contribuer à définir des axes à développer, consolider ou abandonner, pour leurs fournisseurs. Les entrées en salles tombent comme de véritables verdicts et donnent les tendances, incertaines mais réelles. Les commerçants sont donc partiellement responsables de ce qui est produit et de ce qui sera disponible.

Il arrive de croiser certains directeurs artistiques dans les rayons d'un magasin, dans les allées d'un festival ou tout simplement sur le net, en quête d’inspirations et même de signatures. Ils recherchent des artistes dont les autoproductions peuvent localement bien se vendre (mais qui n’apparaissent pas dans les classements traditionnels). Ils utilisent aussi internet pour prendre la température ou repérer le buzz autour d’artistes et de «labels chercheurs». Bien évidemment, il faut se méfier du nombre de clics ou de téléchargements affichés puisqu'il s'agit souvent d'affirmations gratuites qui ne nécessitent pas d'engagements financiers, qui faussent donc la valeur d’un projet (merci tata, tonton et les cousins/cousines d'avoir cliqué ... sans parler des achats de clics ou «je t'aime» pour ceux qui sont en mal d'affection digitale).

Le buzz est à prendre avec des pincettes et la popularité virtuelle n'est pas garante de bonnes ventes ni d'une rentabilité (ni de qualité du reste). L'artiste doit continuer à proposer ce qu'il fait sans trop se poser de questions ! Il doit ensuite motiver, intéresser et choisir des partenaires, de bons auxiliaires qui devront à leur tour calculer, communiquer et trouver des arrangements, y compris avec des diffuseurs et des distributeurs. Cela n'a sans doute rien à voir avec la consultation d'une voyante toujours bien intentionnée qui fait des prévisions budgétaires, ni avec la rencontre d'un rédacteur d'horoscopes salvateurs ou de bonnes nouvelles, rien à voir avec les flatteries d'un cireur de pompes qui joue en bourse et qui voudrait faire croire qu'il fabrique des poules aux oeufs d'or.

Il arrive souvent qu'un projet musical ne retienne pas l'attention des autres. Cela ne veut pas dire qu'il est mauvais ou que l'équipe était incompétente. Ce n'est peut-être qu'une histoire de température ou simplement un coup du hasard. Il faut se préparer, apprendre à bondir et rebondir.

En Février 2016, les étudiants de l'IMM ont rencontré Bérangère Biencourt (SPOTIFY) pour parler de la célèbre application qu'elle représente et du développement des services de streaming, des play-lists et des accros de la musique, Cécile Niasse (BANLIEUES BLEUES) a clairement dévoilé les moyens et les outils de communication d'un superbe festival intercommunal plus que trentenaire, Clément Baumelou (WOLFPACK UNITED) a donné de précieuses informations techniques sur les divers produits  et services de son agence de fabrication de supports musicaux, promotionnels et publicitaires, Cocto (MMC) est venu présenter le paysage audiovisuel, ses radios et ses chaînes de télévision, qu'il connaît comme les doigts de sa main, Francis Dufour (Régisseur Général) a dévoilé ses secrets de directeur technique, lumières, son, régie... Il a donné de tout son coeur les trucs et astuces qui font de lui un professionnel  accompli, Franck Michaut (LE RIF) a présenté son «réseau des réseaux» qui réunit plus de 200 lieux et structures de musiques actuelles en Ile-de-France, Jean-Pierre Vivante (LE TRITON) a très gentiment ouvert les portes de son authentique complexe culturel et a montré un véritable lieu de vie et d'innovation, Marino Crespino et Bertrand Gervet (LE REACTEUR) ont reçu les étudiants notamment pour parler de l'accompagnement artistique et des initiatives qu'ils soutiennent dans les lieux culturels de leur ville, Nathalie Villerot (SCPP) a parfaitement exposé les actions du bureau anti-piraterie et a pu revenir sur certains aspects des droits voisins des producteurs, Nicolas Chuong (BON ESPRIT) a très ouvertement partagé son expertise du marketing de la musique, ses années majors et ses années indé notamment chez Kitsuné, puis la société de conseil qu'il préside maintenant, Nicole Schluss (DERRIÈRE LES PLANCHES) a sincèrement parlé de management et de ses missions, de la « Maison des Artistes » qu'elle dirige et des solutions qu'elle trouve pour offrir aux artistes les meilleures conditions afin qu’ils puissent se concentrer au mieux sur leur activité principale, Philippe Cadiot (CAFÉ LA PÊCHE) a très amicalement ouvert les portes du « temple des musiques urbaines », de son lieu artistique, culturel et de citoyenneté, pour parler de programmation, de concerts, de résidences, d'ateliers mais aussi de la mixité sociale, de genre et de génération.

Les étudiants profitent également de ces rencontres pour construire ou développer leurs réseaux.