À L'IMM les étudiants sont libres de penser et de s'exprimer. Le crowdfunding est à la mode, nous vous proposons un nouvel angle sur le sujet et un bref passage dans les rayons surchargés d’un « hypercrowdfunder » (une plateforme de financement participatif).

L’hypercrowdfunder a tout intérêt à multiplier les projets. Pour se faciliter la vie, il impose des standards de présentation, un nombre de caractères, une même typo pour tous et fait faire le travail par l'utilisateur (l'artiste) ! Il perçoit une commission pour le simple usage de sa plateforme. Il ne s’engage pas sur un projet même si cela ne l’empêche pas de présenter « ses créateurs ». Ici, c’est le principe du vite vu / vite jeté qui règne. Tout le monde est beau et tout le monde se donne bonne conscience. La rotation des stocks de projets est constante. Un groupe en chasse un autre et, finalement, les deux sont formatés et banalisés.

Tous les projets impliquent du travail et des compétences pour les développer. Il ne suffit vraiment pas de lever de l’argent pour faire fonctionner un projet : il faut aussi travailler. L'hypercrowdfunder  met un outil à disposition de l'artiste pour lui permettre de plus facilement lever des fonds auprès de son tonton, de sa cousine et de tous ses amis d'amis. L'hypercrowdfunder perçoit une commission sur l'argent donné au sein d'une même famille et par des proches. Ce modèle économique reflète une sorte de crise de confiance, au sein d'une même famille : «le fiston joue dans un groupe mais si on lui passe de l'argent pour enregistrer, il risque de tout dilapider avant les premières séances»... donc on veut bien montrer qu'on aide le fiston mais on ne lui fait pas tout à fait confiance. Il va devoir s'engager sur la place publique à travailler (pas sur son instrument mais sur ses réseaux sociaux) et à accepter les modalités de remboursement si l'affaire tourne au vinaigre.

Si l’artiste n’arrive pas à correctement promouvoir son projet, il ne trouve aucun suiveur. L'artiste est donc nécessairement impliqué dans l'animation des rayons de l'hypercrowdfunder. Il copie l'url qui mène à son projet puis diffuse le lien auprès des siens, autour de lui. Sans cette promotion effectuée par l'artiste, le projet devient impossible à trouver dans les rayons surchargés d’un hypercrowdfunder (à moins évidemment de connaître l'artiste).

L'artiste utilise la plateforme de l'hypercrowdfunder mais l'inverse est encore plus fort. Il travaille pour valoriser la plateforme sans pour autant en devenir actionnaire. Après tout, si ses amis et sa famille souhaitent l'aider, ils pourraient aussi lui passer de l'argent directement. En moyenne, chez l'hypercrowdfunder, au moins 50% des contributeurs sont déjà dans l'entourage direct de l'artiste (famille et amis de l'artiste). Plus de 25% des contributeurs sont engagés par des relais d'influences proches : les amis des amis de l'artiste. Au plus 25% des contributeurs sont de parfaits inconnus qui accrochent sur le projet. En résumé, plus de 75% des contributions proviennent de gens qui connaissent l'artiste et son projet. Mais au lieu de l'aider directement, ils sont redirigés vers la plateforme de l'hypercrowdfunder.

L'artiste devrait peut-être exposer son projet sur un site qui lui appartient et faire circuler son RIB.
Autre possibilité : pourquoi ne pas verser les contributions à l'entreprise qui va porter, gérer et développer le projet ? Après tout, si l'envie d'aider est réelle, autant le faire avec efficacité tout en ayant divers moyens de contrôle. Et puis ce n'est pas parce qu'une somme est disponible qu'elle sera bien gérée. Dans ces conditions, de son côté, l'hypercrowdfunder pourrait développer des actions de prescriptions et se concentrer sur le grand public et/ou les gens qui ne connaissent pas l'artiste et son projet... mais c'est tout de même bien plus difficile.

Grâce aux millions de rêveurs et de créateurs, aux passionnés de tous bords qui arrivent à mobiliser leurs proches, les hypercrowdfunders inventent la collecte de fonds dans les poches de la famille et des amis. Vous n'osiez pas demander de l'aide directement ? Avec l'hypercrowdfunder, les barrières psychologiques sautent et le financement devient même un jeu pour les 7 à 77 ans.