Le crowdfunding est un mécanisme qui permet de récolter des fonds, souvent de petits montants, auprès de nombreuses personnes afin qu’elles participent au financement d’un projet.

Depuis 3 ou 4 ans, le financement participatif se développe et de nombreux artistes exposent leurs projets sur des plateformes disponibles en ligne, le temps d'une campagne de levée de fonds. Ils espèrent ainsi atteindre des objectifs en proposant des contreparties.

L'étude que nous venons de réaliser à partir d'un questionnaire en ligne permet d'identifier quelques interactions entre un accro de la musique et le financement participatif. Elle a été entièrement réalisée sur deux semaines dans un cadre pédagogique; une quarantaine de formulaires comportant une douzaine de questions ont été administrés et traités par quelques étudiants de l’Institut des Métiers de la Musique | IMM (notamment Nikos, Théophile puis Louis).

95% des répondants sont prêts à s'engager sur une campagne de financement participatif pour soutenir un projet. C'est bon signe ! Les répondants sont des "accros de la musique", des gens qui consomment des paroles ou des mélodies et se sentent concernés par le sujet. Seulement 5% des accros déclarent ne pas vouloir s'engager sur une campagne de financement participatif. Toutefois, il est quasiment certain que les personnes qui ne souhaitent pas s'engager sur une campagne de financement participatif, accros de la musique ou non, n'ont tout simplement pas complété le formulaire.

Premier enseignement : "Concert, show case ou tournée" (18%) et "Enregistrement en studio" (16%) sont les types de projets préférés. La "Fabrication de support (CD, vinyle)" (7%) et la "Communication ou promotion du projet" (6%) retiennent le moins l'attention des répondants. À noter que le "financement d'un emploi attaché au projet" atteint tout de même 8%. L'enregistrement d'un concert (13%) et sa captation audiovisuelle (9%) démontrent un intérêt pour l'enregistrement d'un évènement live et normalement "éphémère". Finalement, l'enregistrement (studio et concert) est clairement le type de projet préféré.

Le montant de la participation au projet musical reflète cette préférence puisqu'il est compris entre 10 et 20 euros (44%), soit proche du prix moyen d'un support. Toutefois, 34% pourraient participer de 20 à 50 euros. Les participations de plus de 50 euros sont très rares (7%).

En échange de sa participation, un individu souhaite prioritairement recevoir un support ET une place de concert. C'est la principale contrepartie qu'il désire (41%). Il ne déclare pas attacher de l'importance à un remerciement officiel sur un support. Enfin, 12% n'attachent tout simplement pas d'importance à la contrepartie.

Si le projet ne se réalise pas, 44% désirent être remboursés. Ce qui veut dire que 56% des personnes interrogées acceptent de reporter leur participation sur un autre projet. 24% sur un autre projet du même artiste et 32% sur un projet d'un autre artiste ou, plus généralement, si le financement est bien utilisé pour un projet musical. Vraisemblablement, c'est le fait de participer/contribuer qui est important.

Un quart des participants préfère que le financement soit directement géré par l'artiste mais 42% souhaitent l'intervention d'une structure qui travaille avec l'artiste (association, entreprise). 27% n'attachent pas d'importance au type de gestionnaire mais à condition que le projet soit mené à bien.

L'enquête révèle que la confiance à établir et maintenir entre le porteur de projet, le site de crowdfunding et le contributeur est au coeur du financement participatif. Le participant doit être rassuré et informé. Idéalement, il devrait presque avoir la possibilité de vérifier la bonne utilisation des fonds. Mais il doit avant tout savoir à qui il verse de l'argent. La plupart des personnes interrogées accorde de l'importance au professionnalisme. C'est un peu paradoxal puisque la majorité des projets affichés sur les sites de crowdfunding est portée par des amateurs. Dans tous les cas, le participant souhaite du sérieux.

Sur de nombreux sites de crowdfunding, les artistes et porteurs de projets sont encadrés par des équipes et bénéficient d'une sorte de coaching pour bien s'afficher et paraître sérieux, au risque de tous se ressembler et de tendre vers une banalisation des projets. Par ailleurs, l'utilisation des fonds reste nébuleuse et même incontrôlable puisque la plupart des porteurs de projets n'ont pas d'obligations de publication de leurs comptes (y compris les associations).

Le financement participatif est globalement bien perçu. Même s'il n'est pas complètement réglementé, il donne la possibilité à des artistes d'exposer leurs projets et à de bons samaritains de s'exprimer. Participer à la réalisation d'un projet est toujours gratifiant et ne comporte pas de danger particulier (sauf peut-être celui de perdre quelques euros). Par contre, si le crowdfunding s'industrialise, il y a de fortes chances pour qu'on n'arrive plus à mesurer la qualité des projets ou tout simplement à les distinguer.

Les principaux sites de financement participatif ne sélectionnent pas les projets. Ils mettent à la disposition des porteurs de projets des solutions techniques, un espace virtuel temporaire et surtout une u.r.l. pour faciliter les levées de fonds auprès des proches déjà rassurés.